La Vie pas toujours facile d'une surveillante qui rêve de grands espaces et de bien être...
A l’image des sociétés animales (ce que nous sommes avant tout), les cours de promenades des prisons sont régies
par des codes de comportement bien précis, qu’il est souhaitable de maîtriser. La nature du délit est là encore
la clé de toutes les hiérarchies. Entre eux, les détenus ne sont donc pas forcement solidaires, loin s’en faut.
Heureusement des groupes se forment, dans lesquels des individus qui ne se seraient jamais croisés ailleurs
échangent quelques mots, puis quelques phrases et nouent une communication un peu futile, certes,
mais qui aide à survivre.
Dans tous les cas, au bout d’un certain temps on est à fleur de peau, sans vraiment s’en rendre compte.
On ne peut plus supporter le bruit de ceux qui s’énervent d’un coup et se mettent à ruer contre leur porte ou à hurler
à travers les barreaux de leur cellule à toute heure du jour ou de la nuit ; ni ceux, nombreux, qui ne vous adressent
la parole que pour vous demander un peu de tabac, quelques timbres, du café ou (et) du sucre. Il est bien-sûr d’usage,
en détention, de dépanner un nouvel arrivant qui n’a pas eu encore l’occasion de cantiner, et il dépannera à son tour un
autre arrivant, le moment venu. Mais certains sont des professionnels du « s’il te plait, donne-moi » (ainsi qu’ils doivent
l’être à l’extérieur, forcement), pendant tout le temps que dure leur détention, sans même un vrai remerciement, pire
que cela : le jour où vous ne leur donnez rien, ce sont les insultes qui pleuvent. Les « restos du cœur » n’intervenant
pas en prison, à bon entendeur, salut !
Tout dépend aussi, en bonne partie, de l’établissement dans lequel on se retrouve incarcéré, car tous n’offrent pas
les mêmes structures de vie au quotidien, où un minimum d’intimité n’est pas facile à trouver et les activités possibles
bien rares. L’incarcération est bien souvent l’école du désœuvrement, ce que supportent assez bien certains détenus
qui, à l’extérieur, passent aussi beaucoup de temps à ne rien faire. Mais tous ne sont pas ainsi. La prison ne devrait être
que la privation de la liberté, et seulement cela, pourtant nombre d’entre elles se rapprochent du parc à bestiaux,
hors zone de vue du visiteur, où surpopulation rime forcément avec déshumanisation.
Je dois dire que j’ai eu la chance, avant et après mon procès, d’être incarcéré dans une prison récente, donc encore relativement propre, dotée de cellules avec douche où l’usure et la moisissure n’avait pas eu le temps de laisser leur marques. J’en ai mesuré toute l’importance lors des 5 semaines de transfert avant mon procès, ainsi qu’il est
absurdement d’usage ; relégué à cet effet dans une vieille prison sans entretien, où les rats disputaient la vedette
aux cafards à tous les étages, où les murs de certaines cellules sentaient si fort l’urine qu’il relevait du miracle de
vouloir rester propre sur soi, d’autant que la salle de douche consistait à quelques filets d’eau à peine tiède
(en plein hiver) s’écoulant sur un sol défoncé. Mais, ainsi que me l’a signifié un capitaine en me regardant bien
droit dans les yeux : « ça n’est pas très luxueux, mais on ne vous a pas forcé à y venir »… En même temps, il n’avait complètement tort !