Monsieur MAPA est en charge du nettoyage des postes protégés dans l'enceinte des bâtiments.
Grand, cheveux hirsute, doté d'une paire de lunettes rondes, il se contente de ce qu'il a.
Dans son chariot préparé la veille se trouvent ses instruments de travail.
Tout d'abord il est poli monsieur MAPA. Il dit toujours "bonjour, s'il vous plait et merci". Il est peureux de nature, peureux de tout.
Ancien jardinier au chômage, il a trouvé cet emploi temporaire: " il faut bien vivre" dit il à qui veut l'entendre.
Quand on lui a proposé cette place, il a eu peur. La prison? Hum? Ca fait peur!! Surmontant son inquiétude et fantasmant sur ce qu'il pourrait bien découvrir, il a hésité. Mais en regardant son relevé bancaire, il a signé son contrat: Après tout, on verra bien...
Maigrelet dans son Tee-shirt trop grand, il déambule dans les couloirs et frappe toujours aux portes des bureaux avant d'entrer même à 6 heure le matin. Il se présente toujours en ricanant, c'est son habitude.
Avec les femmes, il est toujours poli, trâine un peu, montrant qu'il maîtrise son affaire, son chiffon dans une main, la balayette dans l'autre. Il se dit qu'avec un peu de chance, quelqu'un engagera la conversation et ça sera gagné pour lui.
Parfois il se sent seul, il aimerait bien avoir de la compagnie. Il n'a même pas d'animal. Au travail il est timide, dans la vie aussi.
Personne ne lui parle, personne ne s'intéresse à lui. Il ferait presque parti des murs, comme une plante qui reste dans son coin et dont on ne s'occupe pas. Il est devenu invisible. Un fantôme parmi les fantômes.
Sur le parking, il court après les papiers qui volent. Dans les postes de sécurité ou les miradors il attend un sourire.
Quand il sent qu'il peut engager la conversation, il parle toujours de la météo, c'est toujours un sujet qui fait parler un peu plus les gens.
Pour cela, il a une tactique: il regarde la météo tous les matins à son réveil. Comme ça, il est incollable!!
De quoi pourrait il bien parler d'ailleurs? Il n'est pas de leur monde. Il n'a pas de tenue règlementaire, ne porte pas de cravates, n'a pas la même prestance que tous ces uniformes, pense-il. Il se sent à part. Il chantonne toujours en suivant la musique des transistors. Il sait qu'il dérange par des regards exaspérés, des souffles silencieux. Mais il s'en fiche, ici au moins il existe. C'est vrai quoi!! Sans lui, le monde serait un vrai chantier! Alors il n'a que faire des soupirs et de ces regards fuyants.
Quand il rentrera chez lui ce soir, il mangera dans sa cuisine, seul, repensant à sa journée solitaire parmi les gens qu'il a cotoyé et qui l'ont ignoré. Il pensera à ses nouvelles éponges, à s'acheter un nouveau Tee-shirt pour qu'on le remarque un peu plus et s'endormira... devant la météo.