La Vie pas toujours facile d'une surveillante qui rêve de grands espaces et de bien être...
Toutefois certaines unités carcérales, et c’était le cas de celle où j’ai mis mes jours entre parenthèse pendant
plus de 5 années, permettent à ceux qui le souhaitent, et sous réserve d’un comportement irréprochable, de s’inscrire
en secteur scolaire, afin de pouvoir suivre des études selon leurs goûts et leurs capacités. Le fait d’apprendre, à tout âge,
ne peut nuire et les moments passés en classe gomment un peu le gris des murs. Nous pouvions travailler sur des
sujets précis, l’esprit concentré de la même façon que dans un lycée ou fac traditionnels.
Les professeurs venant de l’extérieur y apportent un contact avec le monde réel, sans à priori, et lancent des discussions sur divers sujets allant bien au-delà de la matière qu’ils enseignent.
C’était chaque fois une goulée d’air pur ; nous n’étions pas considérés selon notre délit, mais sur notre relationnel
présent (d’ailleurs la presque totalité des professeurs refuse d’être informée sur les raisons d’incarcération de leurs
élèves). Pour moi « l’école » était devenue indispensable, car c’est au travers des contacts qu’elle m’a apportés
que j’ai pu garder un pied dans le monde extérieur, grâce à la présence des différents intervenants dont il convient
de souligner ici l’investissement et la bonne volonté. L’obtention de petits diplômes (3 BEP validés par le
rectorat d’académie) au cours des années « scolaires » ont été la récompense du sérieux.
Les instants d’apaisement moral, dont le temps passé en secteur scolaire fait parti, étant forts rares entre les murs gris,
j’ai déploré que la durée hebdomadaire des cours ne puisse excéder une quinzaine d’heures. Mais le nombre
de détenus scolarisés étant important, il est normal de partager le temps et l’espace.
Les surveillants (antes) pénitentiaires du secteur scolaire, tout comme ceux des espaces sportifs et de la sécurité,
sont généralement particulièrement attentionnés et bienveillants, sans doute parce qu’ils s’adressent
à des « clients » volontaires et respectueux, ce qui loin d’être le cas, reconnaissons-le, pour la majorité de la population carcérale.
Beaucoup de détenus considèrent d’emblée les surveillants comme des ennemis, responsables de leur enfermement,
ce qui est bien-sûr absurde comme raisonnement ; les agents pénitentiaires doivent satisfaire à une double mission
très complexe : appliquer le règlement notamment pour tout ce qui touche à la sécurité de l’établissement et des détenus, tout cela en veillant à maintenir autant que faire se peut un certain calme dans les coursives et durant les mouvements. Certains surveillants appliquent la solution la plus facile, et la plus sûre aussi, en opposant une répression absolue
à tout geste et toute parole de détenu. Et puis, il y a dans toutes les prisons quelques surveillants aigris, très mal dans l
eur peau et au comportement tout à fait injuste envers l’ensemble des détenus ; mais il y a fort à parier que ceux-là n’ont
pas un comportement meilleur en dehors de leur travail.