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La Vie pas toujours facile d'une surveillante qui rêve de grands espaces et de bien être...

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Cohabitation longue durée ...

 

    Fort heureusement, beaucoup d’autres surveillants (antes) dans les bâtiments et dans les espaces de circulation,

sont attentifs et observateurs ; ils peuvent être répressifs s’il le faut pour le maintien d’un ordre extrêmement fragile,

mais respectueux et encourageants aussi, par un mot ou un sourire.

Il est un fait qu’une surveillante ou un surveillant de bâtiment en vient à connaitre beaucoup de choses sur un détenu :

la façon dont sa cellule est tenue, ses photos personnelles sur le mur l’intimité de son sommeil (ronde de nuit),

son corps nu sous la douche, la joie d’une lettre reçue, la peine d’un parloir difficile ou annulé… etc. Ils (elles) voient

bien comment on va et quelques unes, quelques uns d’entre eux ont de véritables discussions avec nous, sur tous

sujets, quelquefois les plus intimes.

 

     Ils savent bien que pour nous tous, beaucoup de choses dépendent des relations avec nos proches, parents, enfants,

amis ; c’est ce qui nous raccroche le plus à la vie, tout au moins lorsque la période d’incarcération est longue.

Chaque détenu non encore condamné a droit à 3 parloirs hebdomadaires de 45 minutes chacun

(un seul après condamnation, alors que 2 parloirs hebdo dans tous les cas seraient bien plus rationnels…).

Cela est bien court tant pour le détenu, que pour le visiteur ayant fait parfois un assez long trajet, et dans tous les cas

attendu 1 heure en moyenne avant le parloir. Rien n’est pire que ceux qui n’ont jamais de visite, parce que leurs

familles ou leurs amis sont loin par les kilomètres… ou par le cœur !

 

     Les parloirs, je les espérais et le les craignais tout à la fois. Ce sont les moments que j’attendais le plus,

mais leur programmation dans un déroulement immuable et leur durée minutée les rendaient moins magiques.

On pouvait être interrompus, par la sonnerie de fin, au milieu d’une conversation importante, qu’il est bien

difficile de reprendre la fois suivante comme on rouvre un livre en cours de lecture.

Au début, je trouvais mal mes mots, et lorsque je retournais en cellule après un parloir seule subsistait l’envie de pleurer

sur le vide et l’isolement. Par la suite, je me suis mieux organisé mentalement, endurci sans doute aussi ;

les 45 minutes passaient toujours bien trop vite, mais tout de suite après, chaque fois, j’écrivais une petite lettre

à celui ou celle qui m’avait visité, pour prolonger le contact, finir la discussion, resserrer l’étreinte.

J’imaginais plein de choses entre deux parloirs. En plus des murs de pierres, il y a ceux du silence qui se dressent.

 

      C’est dans ces moments que la spirale remords-regrets-culpabilité est la plus forte, donc la plus dangereuse.

De manière imperceptible, mais implacable, les liens avec nos proches s’effritent (un peu ou beaucoup),

comme un aïeul peut se retrouver de plus en plus isolé dans sa maison de retraite, même si sa famille ne lui veut

que du bien. Certains « amis » (pas tous heureusement), ont préféré oublier qu’ils m’avaient un jour connu,

lorsque je pouvais tenir maison et table ouvertes, et qu’ils y venaient volontiers et souvent…

 

    Bien-sûr chacune des visites que j’ai reçues a compté énormément, qu’elle m’ait mis du baume au cœur ou

qu’elle ait souligné encore plus cruellement l’éloignement physique de ceux que j’aime, mais je me suis toujours

demandé : « pour le visiteur, qu’est-ce que je représente ? Un fils aimé ? Un père adoré ? Un ami coupable

mais malheureux ? Ou un devoir-obligation à accomplir ? »

Un peu des quatre certainement selon les fois…

J’ai posé la question à chacun après ma libération, et chacun a confirmé !

CE DETENU EST MORT 2 ANS APRES SA LIBERATION. IL A MIS FIN A SES JOURS.

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