La Vie pas toujours facile d'une surveillante qui rêve de grands espaces et de bien être...
100 détenus c'est difficile à gérer pour 1 surveillant. C'est pour cela que nous sommes affectés à 2 par étage.
Quand il n'y a pas d'absents, tout se passe relativement bien. La journée passe assez vite.
On travaille en binôme. Le mien est dans mon équipe. Il sait se faire respecter, connait bien les détenus. Il a son caractère, ne se laisse pas faire, pars souvent au clash pour montrer que les détenus ne font pas ce qu'ils veulent.
Dans le métier depuis plus longtemps que moi, il reçoit les confidences de certains détenus.
Moi aussi de mon côté, j'ai mon "Auxi". Il s'est pris d'amitié pour moi " la stagiaire". Sans contrepartie, il m'informe de
temps en temps où je peux trouver un portable. C'est lui aussi qui m'a informé de certaines manigances entre
surveillants et détenus, mais étant novice dans le métier et lui parlant à demi-mots, de peur d'être impliqué dans des histoires, je n'ai pas vu arriver la catastrophe qui allait briser plusieurs vies.
Ce matin donc, je suis à l'étage avec mon binôme. Les douches passent comme une lettre à la poste. En moins de deux heures, les détenus sont propres, douchés et habillés. Même les récalcitrants aujourd'hui ont filé droit: "Ca alors? C'est bizarre!! Aujourd'hui ce sont des agneaux!!
L'étage est en tripal, on se partage les ailes. Une chacun et on se retrouve dans la troisième. Sur le moment je ne remarque pas la nervosité de mon collègue. Il vient de se prendre la tête avec un détenu pour une histoire de plat "Allez surveillant!
Je viens de le cuisiner, c 'est encore chaud! Vous pouvez pas le passer dans la cellule à côté???" J'entends des éclats de voix, plus le calme revient.
Après les douches, la descente des promenades. Et comme à l'accoutumée, les détenus courent dans tous les sens.
Un quart d'heure plus tard, je vais dans mon bureau pour prendre la liste des infirmeries et des détenus se rendant au scolaire.
Le téléphone sonne. Un vieux téléphone gris à cadran... C'est pour mon collègue. On le demande au parloir avocat. Je le cherche, ne le trouve pas. Je l'appelle au motorola, il revient à l'étage. Je lui dit d'aller voir ce qu'on lui veut et de revenir vite car nous avons deux fouilles de cellules à faire et bien sur des cellules très emcombrées. il me sourit et s'en va.
J'attends quelques minutes et commence à fouiller une des cellules programmées. Je râle un peu en espérant qu'il ne tardera pas trop. En fait, je ne le reverrai jamais.
Attendu par la BAC de Marseille, il est suspecté de trafic et embarqué avec les menottes sous les yeux stupéfaits de quelques surveillants.
N'ayant pas de nouvelles depuis un bon moment et ne pouvant quitter mon étage, j'appelle un peu partout à sa recherche.
C'est un agent du Q.D. (Quartier Disciplinaire) qui m'informe de ce qui vient de se passer. Je ne comprends rien. Il vient de me quitter et il se fait embarquer? Non il y a une erreur. Mon auxi vient me voir. La nouvelle a déjà fait le tour. Il me dit
qu'une surveillante l'a balancé aux flics. Et là, il me raconte toute l'histoire...
- Une surveillante s'était épris d'un détenu. Elle en était folle amoureuse. Et pour lui, elle a commencé à rentrer
"certaines choses": du parfum, de l'alcool, des cigarettes, des téléphones. Pendant des mois, elle a fait rentrer discrètement de quoi améliorer l'ordinaire de sa détention. Certains co-détenus étaient au courant. Pas assez discrète apparamment.
Pour acheter leur silence, elle rentrait de plus en plus de choses. Et mon binôme à un moment donné a découvert son manège. Pourquoi ne l'a t-il pas dénoncé? Peut être ne connaissait-il pas assez l'ampleur de son trafic?
Elle s'est sentie prise au piège et l'a accusé de trafic à la direction et chez les flics. Elle a dénoncé certains surveillants. Ceux qu'elle n'aimait pas.
Une vraie rafle ce jour-là. Trois surveillants sont partis avec les menottes, ils sont aller chercher le quatrième à son domicile.
Mais la direction avait aussi un oeil sur elle, Elle s'est fait embarquée aussi.
Personne n'est venu me voir pour me poser des questions sur lui. Je travaillais avec lui tous les jours. J'aurais pu voir quelque chose de louche non?? Et si je ne m'étais pas entendue avec cette surveillante? Moi aussi, je partais
avec les pinces?
Une vraie pagaille!!! Pendant des semaines, tout et n'importe quoi a été dit. Surtout n'importe quoi!!! Les ragots se colportaient à une allure fulgurante. Tout le monde avait peur de partir avec les menottes.
Les surveillants ont été incarcérés plusieurs mois à l'isolement.
Privés de leur famille. De l'autre côté du mur. Envie de se suicider,. Fracture d'une vie. Brisés. Anéantis.
L'impression de n'être plus personne, de ne rien contrôler. Honte. Dégoût.
Avocats. Parloirs. Et enfin Espoir...
Quatre mois de détention provisoire. Liberté retrouvée mais l'attente d'un procès accentue l'angoisse et la peur.
Peur de la méprise. " Je suis innocent!!!" m'écrit-il. Je te crois car j'ai travaillé avec toi.
Le procès se déroulera quelques mois plus tard. J'y ai assisté. Pour moi un surveillant est intègre jusqu'à preuve du contraire.Et leurs dossiers étaient "vides". A part les accusations de cette surveillante " Ripoux", et d'un détenu qui avait confirmé ces accusations, il n'y avait rien. Pas l'ombre d'une trace, d'une preuve. RIEN.
Le procureur a demandé de la prison ferme. Les avocats, la relaxe totale. Le réquisitoire a été long. La défense superbe!!
Une vraie pièce de théâtre. La dlibération fût longue mais une délivrance de ces mois de peines et de souffrances.
La cour revient. Tout le monde se lève: "ACQUITES"